Tesla : l’alternative électrique

Pur produit de la Silicon Valley, le constructeur californien de voitures 100 % électriques enregistre une forte progression de ses ventes et ouvre la voie à l’automobile 2.0, intelligente et connectée. Contact.


Tesla Model S

Comme James Watt ou André Ampère avant lui, Nikola Tesla a marqué de son empreinte l’univers de la physique par ses
travaux sur l’électricité. La science doit à cet ingénieur d’origine serbe, naturalisé américain, de nombreuses découvertes réalisées à la fin du XIXème et à l’aube du XXème siècle, comme le premier moteur à courant alternatif, le principe du radar ou encore le premier bateau radiocommandé. Toutefois, malgré ses quelque 125 inventions répertoriées, Nikola Tesla est longtemps resté dans l’ombre de Thomas Edison, son premier employeur, et de George Westinghouse, dont les entreprises respectives ont largement contribué au programme d’électrification des Etats-Unis. Et cela en s’appropriant d’ailleurs quelques uns des travaux du jeune ingénieur serbe. Découvreur de génie, un brin fantasque, volontiers caricaturé en « savant fou » par ses pairs, Tesla fut réhabilité dans les années soixante, son nom ayant été attribué à une unité de mesure, comme Watt et Ampère, en l’occurrence celle du champ magnétique.

Rappelons que la première automobile à avoir franchi la barre des 100 km/h, en 1899, était une voiture électrique.

L’ascension de Tesla Motors


Aujourd’hui, c’est comme marque automobile que le nom Tesla résonne auprès du grand public. Constructeur de voitures 100 % électriques, Tesla Motors a été fondé en 2003 par deux entrepreneurs, Martin Eberhard et Marc Tarpenning. Non pas à Detroit, fief historique de l’industrie automobile, mais en Californie au cœur de la Silicon Valley, ce qui n’a rien d’un hasard : rechargeable, connectée et dotée d’une intelligence artificielle, Tesla se réfère plus volontiers à l’univers d’Apple qu’à celui de Ford.
Dès l’année suivante, en 2004, les deux fondateurs furent rejoints par un investisseur de poids : le milliardaire Elon Musk, cofondateur de PayPal et fondateur depuis de SpaceX.

Baptisée Roadster, la première Tesla fut commercialisée en 2008, sur la base d’un cabriolet Lotus Elise restylé.

Sous le capot, un moteur électrique asynchrone, évolution contemporaine de celui de Nikola Tesla. Mais au-delà du moteur, c’est sur la batterie lithium-ion que les ingénieurs ont planché, afin d’offrir une large autonomie au véhicule.

En arrivant sur le marché avec un cabriolet sportif, plutôt qu’avec une plus conventionnelle et fonctionnelle mini-citadine, le constructeur californien a voulu démontrer qu’une motorisation électrique pouvait aussi être synonyme de performance et de plaisir de conduite. La petite Elise électrique affichait un tempérament déjà bien affûté avec un chrono à 3,7 secondes sur l’exercice du 0 à 100 km/h. De quoi faire pâlir une Ferrari !


A l’heure où l’on semble redécouvrir les vertus de l’électricité, rappelons que la première automobile à avoir franchi la barre des 100 km/h, en 1899, était une voiture électrique, la Jamais-Contente de l’ingénieur belge Camille Jenatzy. De très nombreux projets de voitures électriques ont jalonné l’histoire de l’automobile, comme la Dauphine Renault américaine en 1959, mais jusqu’ici tous avaient périclité.

Rechargeable, connectée et dotée d’une intelligence artificielle, Tesla se réfère plus volontiers à l’univers d’Apple qu’à celui de Ford.


Le roadster Elise n’était qu’un avant-goût des ambitions d’Elon Musk dans l’automobile. La « vraie » Tesla est arrivée en 2012 sous l’appellation Model S. Une élégante berline quatre portes et cinq places, vendue entre 77 600 et 140 000 euros, bonus déduit. Restylée, upgradée et mise à jour en 2016, la Model S est disponible en quatre puissances de batterie, 60, 75, 90 et 100 kWh, pour une autonomie allant de 400 à 600 km, avec au choix un ou deux moteurs selon que l’on choisisse une transmission arrière ou intégrale.

Sportive et familiale à la fois, la Model S a atteint à la fin 2016 la barre des 150 000 véhicules en circulation, ce qui en fait le deuxième modèle électrique le plus vendu dans le monde derrière la Nissan Leaf (240 000 unités depuis 2010), dont le tarif est il est vrai beaucoup plus abordable.


Le succès est indéniablement au rendez-vous. Le constructeur de Palo Alto ne fait plus sourire les majors de l’industrie automobile. Aux Etats-Unis, selon Bloomberg, la Model S dominait les ventes de la catégorie « Luxury Sedan », à 9.150 unités sur le troisième trimestre 2016 (32 % pdm), loin devant les Classe S Mercedes et Série 7 BMW (n°2 et 3 avec respectivement 4 900 et 3 600 unités). Des ventes qui affichent un bond de 59 % par rapport au même trimestre de l’année précédente.

Et l’offensive d’Elon Musk ne fait que commencer. Tesla Motors accélère l’allure en lançant successivement deux nouveaux modèles : le cross-over Model X, en cours de livraison, et la berline Model 3, au tarif plus accessible.

Reconnaissable à ses portes arrière papillon, le Model X est un SUV de sept places haut de gamme disponible à partir de 97 000 €, tandis que la Model 3, dont la production est prévue pour mi-2017, est annoncée à 35 000 $ aux Etats-Unis. Enfin, le Model Y et le Roadster 2 développés sur la plateforme de la Model 3, pourraient voir le jour d’ici 2019.



Des accélérations foudroyantes


Prendre le volant d’une Tesla, en l’occurrence une Model S P90D, est une expérience à part. D’abord parce que la propulsion électrique procure de nouvelles sensations de conduite. Ensuite, parce que le véhicule bardé de capteurs dispose d’un pilotage assisté qui ouvre la voie à la voiture autonome. Enfin, parce qu’étant connectée en permanence, elle offre de nouvelles fonctions de divertissement.

L’habitacle tendu de cuir est cosy et classieux, sans toutefois atteindre le niveau de finition d’une Porsche ou d’une Mercedes. Le regard est immédiatement happé par l’immense écran tactile posé au milieu de la planche de bord. Une tablette de 17 pouces (43 cm en diagonale) qui commande la quasi totalité des fonctions du véhicule, de la navigation au multimédia, en passant par le téléphone, l’internet, la climatisation ou encore le réglage des suspensions.

La propulsion électrique procure de nouvelles sensations de conduite.

Grâce à sa suspension pneumatique, justement, la Tesla évolue sur le ruban d’asphalte comme un aéroglisseur sur une mer d’huile. Sans autre bruit que celui du roulement. L’intégralité du couple et de la puissance étant immédiatement disponible, on sent l’auto prête à bondir à la moindre sollicitation du pied droit. La pédale est sensible comme la gâchette d’une manette de circuit Scalextric. Lâchons les watts ! L’auto est soudainement catapultée. Le 0 à 100 km/h est expédié en 3,2 secondes d’après la fiche technique ; pas le temps de vérifier. L’accélération est brutale, nous laissant littéralement scotchés au dossier. La Tesla siffle comme une flèche ; laissant sur place les autres voitures qui disparaissent dans le rétroviseur. Un chrono digne d’une 911 Turbo ! Et encore, il ne s’agit pas de la P100D qui annonce 2,7 secondes. Un record.

Les performances de l’électricité offrent un réel plaisir de pilotage. D’autant qu’avec les batteries sous le plancher, la Tesla dispose d’un centre de gravité très bas et ainsi d’une excellente tenue de route. Résultat, la Model S vire à plat, enroulant les courbes et virages comme aimantée à la route.



Si les accélérations sont exceptionnelles, là où l’on attend la Tesla au tournant, c’est sur l’autonomie. Comme pour les consommations d’essence normali-
sées, il y a un delta entre la théorie et la réalité. Certes à 80km/h sans clim, la voiture atteint selon le simulateur plus de 600 bornes, ou 400 km à 120 km/h. Dans la vraie vie, cela tourne plutôt dans les 300 km. Ce qui est déjà une révolution. D’autant que Tesla Motors, ainsi que les groupes allemands Mercedes, BMW et Volkswagen-Porsche, prévoient de multiplier les superchargeurs le long des routes européennes. Reste que s’il faut attendre au moins vingt minutes pour recharger 50 % de ses batteries, les files d’attente vont être longues à la pompe électrique ! Sans parler de la production d’électricité qui serait nécessaire si l’ensemble du parc automobile se convertissait au kilowatt.

Avec l’habitude, et sans forcément rouler à
la californienne, il est possible d’optimiser sa
conduite, en particulier en utilisant le frein
moteur, dont on peut régler la force, pour
recharger les batteries. La voiture freine dès que l’on relève le pied de l’accélérateur (et les feux stop s’allument). Efficace !


L’arrivée de l’intelligence artificielle



Bien que très plaisante à conduire, la Tesla propose une fonction de pilotage automatique. Il ne s’agit pas encore d’une voiture autonome, mais d’une assistance à la conduite, dont l’objectif, comme l’explique le constructeur, est de rendre le trajet plus sûr. « La probabilité d’avoir un accident est 50% moins élevée lorsque vous utilisez le mode Autopilot. (...) C’est deux fois plus efficace qu’un être humain. », a déclaré Elon Musk. La Tesla est ainsi capable de suivre la route comme sur un rail guidée par les lignes blanches, de freiner en approchant d’un autre véhicule et même de déboîter toute seule lorsque l’on met le clignotant. Mais mieux vaut éviter de le faire dans une circulation un peu dense. Enfin, une alerte prévient dès que l’on enlève la main du volant. Il ne s’agit donc pas de lire un magazine tout en se laissant conduire. D’autant que lorsqu’il y a par exemple un rétrécissement de trois à deux voies sur l’autoroute et que l’on roule sur la file de gauche, l’auto perd ses repères… Mais tout cela va certainement vite évoluer. Car la nouvelle version de l’Autopilot, dotée d’un processeur 40 fois plus puissant organisé en réseau neuronal, servie par huit caméras, douze capteurs à ultrasons et un radar, permettra d’effectuer des trajets sans intervention humaine, si la législation du pays l’autorise. Toutefois il y a tout lieu de croire que, dès que la fiabilité aura été démontrée, les gouvernements devraient se montrer plutôt favorables à une conduite robotisée, contrôlée et au final surveillée.


Le constructeur a intégré une puce 4G qui permet à la voiture d’offrir gratuitement de nombreux services en ligne.

Jusqu’ici c’étaient plutôt les constructeurs automobiles qui étaient prudents sur le degré d’assistance à la conduite pour des raisons de responsabilité juridique. Mais Volvo , Audi et BMW notamment s’intéressent aussi de près à cette technologie d’intelligence artificielle développée avec le concours de l’entreprise californienne Nvidia.

Conçue dans la Silicon Valley, la Tesla se devait d’être connectée en permanence à internet. Oubliez le partage de connexion depuis votre smartphone : le constructeur a intégré une puce GSM 4G qui permet à la voiture d’offrir gratuitement de nombreux services en ligne, comme la navigation Google Maps ou les web-radios, mais aussi de vérifier le niveau de charge ou d’activer le chauffage depuis chez soi...

Tesla emmène l’automobile à vive allure vers un futur entièrement connecté et automatisé, voire contrôlé. En attendant, la voiture électrique bénéficie de nombreux avantages : un plein d’énergie peu cher, un faible coût d’entretien, des facilités de stationnement et des allégements de taxes... Bref, c’est pile le moment de goûter aux joies de la conduite électrique.


Emmanuel Gravaud

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