La moto volante Lazareth, de la science-fiction à la réalité

La moto volante Lazareth sera produite à 5 exemplaires

Luc Besson en a rêvé ; Lazareth l’a fait ! La fiction est devenue réalité. Constructeur de véhicules personnalisés et de prototypes futuristes pour le cinéma, Ludovic Lazareth s’est réveillé un matin avec l’idée de transformer une de ses créations, la puissante LM, en moto volante. Quelques mois plus tard la LMV s’élevait du sol. La moto volante était née !


Depuis une vingtaine d’années, Lazareth conçoit et fabrique des voitures, des motos, des quads et autres engins roulants, à l’unité ou en petite série. Implanté à Annecy, l’atelier compte huit personnes. « Nous avons le statut de constructeur automobile et nos véhicules sont homologués, souligne Ludovic Lazareth. Notre clientèle est principalement composée de particuliers mais nous travaillons aussi pour le cinéma [Taxi 4, Valerian, Babylon AD… Ndlr] et parfois en sous-marin pour d’autres constructeurs ».


La LMV 496 de Ludovic Lazareth

En mars 2016, Lazareth a présenté l’étonnante LM 847, une moto pendulaire à quatre roues propulsée par un énorme V8 Maserati de 470ch. « Nous en avons déjà construit 5 exemplaires et l’objectif est d’en faire une dizaine », indique l’entrepreneur. De véritables sculptures roulantes vendues à quelques passionnés aisés au prix de 200 000 euros, parmi lesquels le skieur et pilote de rallye Guerlain Chicherit. Des machines qui, entre deux balades, ne sont pas rangées au garage « mais trônent au milieu de la maison ». Dans la même veine, le constructeur va lancer prochainement, en série limitée, la LM 410 (1000cc), un modèle de moto à quatre roues plus accessible au design d’avant-garde. « J’aime les lignes futuristes et je pense que la mode néoclassique va s’essouffler. Je crois surtout que le design des véhicules va changer avec l’évolution des technologies. On va voir arriver de nouveaux modes de locomotion, qui vont nécessiter de nouvelles formes ».

(La LMV 496 et la LM 847 Maserati)


Si les véhicules terrestres n’ont plus de secret pour Ludovic Lazareth, le développement des drones et autres machines volantes, l’interpelle. « Un matin, je me suis dit : pourquoi ne pas déployer les quatre roues de la LM à l’horizontal comme un drone. Puis j’ai commencé à griffonner quelques esquisses », confie le concepteur. « Le chalenge était de faire une moto capable à la fois de rouler et de voler ; de concevoir un vrai véhicule hybride homologué pour la route et pour les airs. Pour l’instant, ce que l’on voit ce sont des avions avec des ailes qui se replient ou des hélicoptères dissimulés, mais aucun véhicule réellement homologable. On voit aussi beaucoup de projets qui restent au stade de l’image de synthèse. Aujourd’hui, il y a un foisonnement d’idées et nous voulions être au tout début de l’histoire. Nous faisons figure de pionnier mais je pense que dans 30 ans, la mobilité aérienne sera une évidence. »



Rapidement, Ludovic Lazareth se rend compte que le diamètre nécessaire pour l’hélice d’un drone n’est pas compatible avec celui d’une roue de moto. Il opte donc pour des mini-réacteurs carburant au kérosène. Et, côté route, il abandonne le trop lourd V8 italien pour une motorisation électrique.

L’énergie déployée par la petite équipe de Lazareth est impressionnante. L’objectif est de finir la machine pour les 20 ans de l’entreprise en janvier 2019. Le délai est tenu. Cinématique, turbines, stabilisation… en seulement 4 mois, le constructeur annécien est passé du rêve à la réalité : « Il reste encore du travail, mais nous avons réussi à concevoir une moto qui est homologuée pour la route et qui peut s’élever dans les airs », indique le « Clément Ader » de la moto volante. Si l’on voit poindre d’autres projets de « skyjets », la LMV 496 est pour l’heure la première moto pouvant à la fois rouler et voler.

Et pour cela, pas besoin de piste d’envol. La LMV 496 évolue sur la route en mode 100% électrique, filant sur l’asphalte, enroulant sans bruit courbes et virages. Sa batterie offre une centaine de kilomètres d’autonomie. « La position de conduite et la direction légère de la LMV 496 offrent une prise en main immédiate. La technologie liée au freinage et aux trains roulants est directement inspirée de nos autres véhicules. La réalisation des suspensions a été confiée à notre partenaire TFX. L’avantage de la technologie pendulaire à trois ou quatre roues - qui rencontre un vrai succès sur les scooters - est d’offrir un maximum de sécurité avec une surface au sol plus importante. La moto est équipée de quatre freins à disques avec ABS ».



Jusque-là, la LMV 496 reste une moto, certes, loin des standards classiques, mais autorisée à circuler sur nos routes.

Cependant, il suffit d’un clic pour que la moto se métamorphose en « quadricoptère ». En 60 secondes, tel un Transformer, les quatre bras de la moto se déploient, les roues pivotent pour orienter les tuyères, les turbines s’allument, puis la machine s’élève lentement dans les airs. La puissance nécessaire au décollage est de 1 300 ch. Le réservoir de kérosène autorise 10 mn de vol. « Le poids étant l’ennemi de tout aéronef, nous avons dû trouver, pour les batteries comme pour le réservoir, le bon rapport poids autonomie », souligne Ludovic Lazareth.


Toutefois, il faudra attendre encore un peu pour voir la LMV 496 évoluer librement dans les airs. En effet, en raison de la réglementation, les essais aériens n’ont pu être réalisés qu’en vol captif, c’est à dire en vol stationnaire en étant retenu au sol par des filins. Frustrant ! Mais l’inventeur est confiant. « Nous avons démontré que la moto volante fonctionne. Maintenant nous attendons le feu vert de la DGAC (Direction générale de l’aviation civile) pour poursuivre les essais en vol, d’abord en mode télécommandé et après avec un pilote ».


Premier essai de la LMV 496 en vol captif. Le pilote est sécurisé par un harnais.

Le constructeur prévoit de produire 4 autres machines de ce type, qui seront vendues 496 000 euros pièce. En plus d’avoir un portefeuille bien garni, il faudra aussi être détenteur du permis moto et d’une licence de pilote pour profiter de cette machine hors du commun. Le « marché » est restreint. Mais la LMV 496 relève d’un autre registre. « C’est avant tout une démonstration de ce que pourrait être l’avenir de la mobilité », souligne Ludovic Lazareth, qui a pris pour devise la formule de Mark Twain : Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.

EG


© 2018. SPORT DESIGN  Mentions légales