Léo Lacroix : « Le succès de nos skis est venu par le design »

Mis à jour : 7 juil. 2018

La marque Lacroix célèbre ses 50 ans. Son fondateur, Léo Lacroix, qui reste le seul skieur a avoir couru et gagné sur ses propres skis, revient pour Sport Design sur la genèse de son aventure entrepreneuriale. Rencontre.


Après sa médaille d’argent, le « Spécial Portillo » est le premier ski à porter le nom Lacroix.

Lorsqu’il débarque avec l’équipe de France à Portillo (Chili) en août 1966 pour y disputer les fameux championnats du monde, Léo Lacroix a 
dans ses bagages une paire de skis sans marque. « C’était un prototype que j’avais fabriqué avec 
mon cousin Daniel dans son atelier de menuiserie à Bois-d’Amont dans le Jura », raconte Léo Lacroix. « Par précaution, j’avais quand même
 fait envoyer mes Rossignol Allais-Major avec l’ensemble du matériel de l’équipe ».


Une fois sur
 les pistes de la station chilienne, le champion essaye les deux paires de skis. « J’avais fabriqué
 des skis en fibre de verre, ce qui était très novateur à l’époque. Sur la neige dure de Portillo, j’ai
 vite constaté que la fibre de verre accrochait mieux que les skis métalliques Rossignol. J’ai
 donc opté pour mes skis. J’ai terminé second, derrière Jean-Claude Killy, qui m’a battu de trente neuf centièmes. Je n’avais pas osé marquer Lacroix sur les skis, ignorant la réglementation de la FIS et ses accords avec les fabricants ; alors j’avais inscrit la mention Epoxy Glass. J’ai discuté par la suite avec Marc Hodler, alors président de la FIS, qui m’a indiqué qu’un skieur avait tout à fait le droit de mettre son nom sur ses propres skis. Ce que j’ai fait ».


Arrive l’hiver 1966-1967 et le traditionnel Critérium de la première neige à Val d’Isère ouvrant la saison. Cette fois le champion prend le départ avec des skis signés Lacroix et gagne la descente devant Jean- Claude Killy. La marque Lacroix était née !


(De gauche à droite) Léo Lacroix avec la toute première paire de skis "Epoxy Glass" ; sur le podium de Portillo à côté de Jean-Claude Killy ; avec les "Lacroix Spécial Portillo" avant le départ du Critérium, avec JCK.
Robert Redford et Martina Navratilova étaient parmi les plus grands fans de la marque

En 1974, la fabrication passe au stade supérieur avec le rachat de l’entreprise Straver, installée à Perrignier (Haute-Savoie), qui produisait à l’époque près de 15 000 paires de skis en fibre de verre. « L’objectif était d’évoluer vers le grand public. Nous avons donc lancé les premiers skis “compacts”, plus courts et plus larges, avec une spatule arrondie. Ils mesuraient entre 170 et 185 cm et étaient beaucoup plus maniables que les skis de 2 mètres et plus que l’on vendait à l’époque ! Nous avons aussi été les premiers à mettre au point des skis en carbone, puis en Kevlar. La combinaison des deux offrait un excellent compromis entre souplesse et nervosité. Le modèle Soft a remporté un succès extraordinaire. Nous avons également lancé le ski sur mesure, avec l’Ultimate vendu à 1000 $. Lacroix avait une cote

fantastique aux Etats-Unis », indique le skieur-entrepreneur, qui comptait Robert Redford et Martina Navratilova parmi les plus grands fans de sa marque.



« Je n’ai jamais voulu dépasser les 20 000 paires de skis par an. Il faut savoir créer la demande pour vendre plus cher. Autre point de différence, j’ai toujours apporté beaucoup d’importance au design graphique des skis et je pense avoir été le premier à prendre cela en considération. Les clients veulent de beaux skis et leur regard se porte d’abord sur le graphisme. Nous avions des produits novateurs sur le plan technique, mais je pense que le succès de nos skis est venu par le design, qui traduisait cette technicité et modernité », confie le champion, qui est le seul dans l’histoire à avoir brillé sur ses propres skis. EG


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