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Julbo, l’innovation en ligne de mire

Niché au cœur du Jura, le fabricant de lunettes de sport mise sur l’innovation et la maîtrise du savoir-faire pour faire sa place entre les géants du sport et les géants de la lunette. Rencontre.


Christophe Beaud, Pdg, Matthieu Beaud, directeur R&D.


Julbo célèbre ses 130 ans. Fondé en 1888 à Morez, au cœur du Jura, l’entreprise a connu plusieurs propriétaires en plus d’un siècle d’existence. L’origine de la maison remonte à un certain Sévère Bourgeois, artisan lunetier, qui fabriquait dans son atelier des lunettes de protection pour les tailleurs de pierre et cristalliers. L’atelier fut ensuite repris par un autre artisan, Jules Baud, qui donna son nom et ses lettres de noblesse à l’entreprise. Dans les années 50, la marque, qui avait à nouveau changé de mains, se fit connaître par ses lunettes de glacier, en plein âge d’or de l’alpinisme. Une trentaine d’années plus tard, en 1979, Julbo est racheté par un entrepreneur, René Beaud (avec un « e »), qui installe l’entreprise à Longchaumois (39), son siège actuel.

De l’alpinisme, le lunetier s’est logiquement orienté vers le ski avant de se diversifier plus tard dans de nombreuses autres disciplines, comme la voile, le VTT ou encore le kitesurf…

« Julbo est une marque de sports outdoor et reste fidèle à son positionnement », indique Christophe Beaud, l’actuel Pdg, qui dirige l’entreprise depuis 28 ans avec son frère Matthieu, en charge de la R&D.


Maîtriser le savoir-faire



« En une trentaine d’années nous sommes passés de 500.000 euros de chiffre d’affaires à 32 millions d’euros aujourd’hui, dont 40% à l’international », souligne Christophe Beaud. L’entreprise emploie actuellement plus de 250 personnes, réparties entre le siège jurassien, la filiale de production en Roumanie, la filiale commerciale aux Etats-Unis et le bureau de Winterthur, en Suisse, dédié aux marchés germaniques. « Nous exportons nos produits dans 70 pays au total via des distributeurs ou en direct pour les pays européens voisins et depuis notre filiale dans le Vermont pour l’Amérique du Nord », précise l’entrepreneur.


Confrontée aux mastodontes de l’optique, la PME jurassienne creuse son sillon dans le sport, où l’innovation produit peut encore faire la différence.

« Le développement de l’entreprise passe par l’innovation. C’est capital pour une société familiale comme la nôtre dans un métier qui est dominé par des géants et qui se concentre toujours plus, à l’image de la fusion Luxottica et Essilor », explique le Pdg. Or pour innover, souligne-t-il, il faut savoir fabriquer et aussi pratiquer. « Si l’on veut véritablement innover, il faut maîtriser son savoir-faire, sinon on reste tributaire des autres. Nous sommes une entreprise très intégrée, ce qui est devenu rare dans ce milieu. Nous concevons les produits et nous fabriquons nos propres moules en France, où nous assurons encore 10% de la production de lunettes. Nous avons aussi créé notre usine en Roumanie. C’est une filiale en propre et non un sous-traitant, où nous produisons 70% des solaires et 25% des masques de ski. Nous contrôlons ainsi la fabrication de la grande majorité de nos produits. Le reste, comme les casques de ski, est sous-traité en Asie. »



Les ambassadeurs de la « Julbo family »


Le sport est un milieu exigeant. « En plus du style, la fonction est primordiale, or celle-ci est dictée par les usages et les modes de pratique ». Les développeurs et designers sont eux-mêmes sur le terrain, à pratiquer, à observer et à l’écoute des ambassadeurs de la marque. Julbo s’appuie en effet sur une cinquantaine d’athlètes dans plus d’une dizaine de disciplines différentes : alpinisme, escalade, trail, voile, freeride, ski de fond, ski-alpinisme, kite, VTT, etc. Le team, rebaptisé la « Julbo family », compte le Gotha des sportifs outdoor, tels Martin Fourcade, Franck Cammas, Patrick Gabarrou, Glen Plake, Armel Le Cléac’h, Marie Dorin-Habert, Enak Gavaggio, Xavier Thévenard, Laetitia Roux, William Bon-Mardion, Michel Lann, Sam Anthamatten, Vivian Bruchez, etc.

« Au-delà du rôle classique d’ambassadeur, certes important en termes d’image, ce sont avant tout des conseillers techniques qui participent directement au développement des produits. Nous avons besoin de leur expertise, qui est un gage d’amélioration de la performance. C’est aussi une grande famille. Certains, comme Franck Cammas, sont avec nous depuis vingt ans ! »



Julbo est aujourd’hui solidement ancrée dans le milieu de la voile. « Nous sommes certainement la marque de lunettes la plus représentée chez les navigateurs. Leur besoin en matière de produits est très exigeant. C’est aussi un milieu que l’on apprécie bien avec des sportifs de grande valeur dont l’état d’esprit est très proche de celui de la montagne. »

Si à une époque l’entreprise réalisait les trois-quarts de son chiffre d’affaires sur trois mois d’hiver, ce n’est plus le cas aujourd’hui. « Notre CA est relativement lisse sur l’ensemble de l’année, avec quand même un pic en novembre-décembre, mais la diversification dans les sports outdoor a porté ses fruits ». De la même manière, la marque, qui était historiquement distribuée dans les magasins de sport, s’est aussi tournée vers les magasins d’optique. Il y a trois ans, Julbo s’est même équipé d’un laboratoire RX de correction optique sur le site de Longchaumois pour proposer des lunettes à la vue. « Les deux réseaux sont complémentaires. En France, pour les solaires, nous sommes à 50/50 entre le sport et les opticiens, mais à 100% sport pour les casques et les masques. Dans certains pays, comme les pays germaniques, nous sommes majoritairement distribués dans les circuits sports ».


Faire briller Solar


La solaire de sport n’est plus accessoire pour les revendeurs. « Il y a encore dix ans, les détaillants avaient tendance à mettre les lunettes sur les racks puis à ne plus s’en occuper. Cela a bien changé. La lunette de soleil, comme le masque de ski, sont des produits très techniques, tant au niveau des verres ou des écrans, que des montures. Nous travaillons en étroite relation avec les détaillants et nous organisons régulièrement des formations avec les vendeurs pour expliquer nos différentes technologies, les matériaux utilisés, les verres photochromiques, polarisés, etc. Au final, avec un vrai conseil, les prix moyens de vente ont monté », constate avec satisfaction Christophe Beaud.



Dernier épisode en date, le lancement l’année dernière d’une deuxième marque : Solar. Fondée en 1958, cette marque a brillé sur les pistes de ski jusqu’aux années 70, avant de décliner et de fermer ses portes. « Solar a été la première marque européenne de solaires, produisant jusqu’à 25 000 paires par jour ! », rappelle le patron de Julbo. Après avoir racheté le nom, oublié au fond d’un carton par le groupe lunetier L’Amy, l’entreprise a réactivé Solar pour en faire une griffe urbaine. « Cela nous permet de proposer une gamme attractive et contemporaine avec une approche sport-mode plus citadine, pour un consommateur qui est à la recherche d’un style plus que d’une fonction ». Le positionnement prix est inférieur à celui de Julbo. « Cela nous permet d’être présent sur un créneau qui nous échappait ». De la ville aux sports outdoor, Julbo poursuit sa route, à l’affût de nouveaux marchés. EG



© Photos : Julbo, DomDaher, JérémyBernard, BenThouard.