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Eugène Riconneaus : Souliers de cuir et culture skate

Mis à jour : 8 juin 2018

Des escarpins aux sneakers, il n’y a qu’un pas pour Eugène Riconneaus, tout à la fois plasticien et designer, qui se positionne à 28 ans comme l’un des créateurs les plus prometteurs de sa génération. Rencontre.


Eugène Riconneaus. Photo Raphaël Lugassy

Sa passion pour le travail du cuir et la création de souliers, lui est venue en poussant la porte de l’atelier d’un artisan bottier installé dans son village de Sologne. Un ancien maître bottier de la maison John Lobb qui s’était fait une réputation dans le monde sélect de la chasse à courre. « Très jeune, je me suis passionné pour ce métier. Dès que j’avais du temps libre je passais à l’atelier. Au début j’observais, je faisais le coursier, je dépannais. Puis j’ai commencé à fabriquer des formes en bois et des chaussures de mes propres mains. » Adolescent, conjuguant ses passions pour le dessin, le skate et les souliers, il concrétisera son rêve : « C’est dans cet atelier que j’ai créé mon premier modèle, une slip-on, pour mon propre usage. A l’époque on n’en trouvait pas autant qu’aujourd’hui, ce n’était pas tendance. » L’autodidacte fonde sa propre marque en 2010. « C’était anecdotique, il y avait 4 chaussures ! » confie-t-il. Très vite, il entre dans la cour des grands. Reconnu par ses pairs, tel que Raymond Massaro ou la styliste Anne-Valérie Hash, il dessine des modèles pour des actrices célèbres, signe une capsule pour Colette, des « souliers de skate » pour Nixon, lance des collections pour Minelli et Paraboot, ou encore réalise des chaussures de pilote très exclusives pour BMW.


Undun Santa Monica

L’artiste imprime son propre style. « Beaucoup de mes modèles sont connectés à l’art contemporain, la peinture et la photo. » L’association photo et skate, amena Eugène Riconneaus à créer des sneakers en collaboration avec Larry Clark. Des modèles qui ont été immédiatement sélectionnés par la boutique Supreme, le temple de la culture skate à NYC. « Ma grande et belle fierté, c’est un peu comme si on m’avait décerné la Légion d’honneur ! ». Cette collaboration avec le photographe et réalisateur américain s’est poursuivie par une exposition qui a révélé une facette jusque-là cachée du jeune designer. « L’art a toujours été très présent dans mon univers, bien avant de lancer ma propre marque de chaussures. Je montrais mon travail à très peu de gens, jusqu’au jour où j’ai eu l’occasion d’exposer à Paris, il y a deux ans, grâce à Larry Clark. Je me suis alors rendu compte que cela faisait partie de mon histoire et qu’il serait intéressant de prendre cette part de moi, pour la transposer sur mes créations », confie le créateur dont le travail se focalise sur les traces laissées par les roues de skateboards sur l’esplanade du palais de Tokyo, grand spot de skate et haut-lieu de l’art moderne. Dans la même démarche, il réalise une série de peintures « en skatant directement sur la toile », qu’il prend ensuite en photo pour la transposer sur des pièces de satin ou de cuir qui deviendront des souliers uniques.


La collaboration avec Larry Clark
 s’est étendue à un travail photographique commun.

Depuis un peu plus d’an un, Eugène Riconneaus travaille parallèlement sur un label indépendant « entièrement dédié à l’histoire de la street culture », baptisé Undun, interprétation phonétique de l’anglais undone, « parce que l’histoire n’est jamais finie », explique-t-il. « Avec Undun, le propos est très différent, c’est une maison d’édition de chaussures. A travers chaque modèle on raconte un chapitre de la street culture. Chaque chaussure a son histoire, sa ville. Je fais un travail sur leurs évolutions, sur les influences, sur les mouvements musicaux et les films qui les ont accompagnés. » Puisant son inspiration dans les cinquante dernières décennies. « Les modèles de l’époque étaient déjà très futuristes. Tout a déjà été fait avant moi, je n’invente rien. Mon approche consiste à reprendre ce qui a existé pour le remettre dans le contexte actuel. » En jouant notamment avec les innovations matières. La collection est très technique sans en avoir l’air, utilisant des matériaux tubulaires, des bords côte, du Lycra. Parmi les modèles emblématiques, la Santa Monica évoque le début des années 80 avec l’arrivée des premiers modèles pro, c’est une chaussure de basket-ball fine et montante, noire et blanche. « Les skateurs se sont rendus compte qu’en mettant un scratch sur les lacets cela permettait de la rendre plus durable. Elle correspondait à une manière de pratiquer le skate de l’époque. »


Undun Brooklyn Banks

La Brooklyn Banks fait référence au pont de New-York, spot emblématique de graffiti et de break dance. « On est en 89, c’est l’époque qui suit la sortie du film Back to the Future, qui a influencé toute la culture street avec des sneakers très futuristes. » Autre temps avec la Dogtown, qui remonte à 1963, année de la première compétition de skate aux Etats-Unis. C’est l’aube de la pratique telle qu’on la connaît aujourd’hui. « A l’époque on pouvait même acheter des chaussures à l’unité pour remplacer celle qu’on avait le plus usée ! » Excellente idée, le créateur le fera-t-il lui aussi à l’avenir ? « Sûrement sur une série, juste pour aller au bout de la démarche. » Les modèles sont produits en petite série, « avec une visibilité et un contenu limités. » Un fonctionnement à l’inverse des autres marques. « Dans ma manière de concevoir, je ralentis volontairement les process pour redonner du sens à ce qu’est un label indépendant. » Undun est confidentiel, souligne son créateur. Pour le découvrir il faut savoir « le dénicher », comme un livre, pour reprendre l’analogie, qui ne serait disponible que dans quelques bibliothèques ou bouquinistes. « On est dans une période où la jeune création est devenue trop accessible. La plupart des marques sont très faciles à découvrir. Si on se considère comme une marque underground indépendante il faut être cohérent, donc pour la trouver cela doit suggérer une certaine démarche. » Ainsi Undun est distribué de façon sélective chez L’Eclaireur à Paris, chez Lane Crawford à Hong Kong et Shanghai, ou encore chez 1893 Select à Taiwan. L’idée à terme étant aussi de s’associer à d’autres marques. « Pour le moment je revisite des histoires en produisant mes propres ouvrages, mais je pourrais aussi produire pour d’autres maisons. Par exemple une maison anglo-saxonne, qui me demanderait de revisiter un modèle qui a marqué la culture punk, ou bien une marque allemande impliquée dans le football. Car le foot ça se joue aussi dans la rue, ça fait partie de la street culture. » Catherine Lhullier