Camille Kunz, Black Crows « Le vêtement de ski est un bel exercice de style »

Mis à jour : 19 mai 2018


La première collection de vêtements Black Crows, c’est elle. De Mover à OAMC, la jeune styliste suisse raconte son travail pour la marque aux chevrons noirs. Rencontre.


Diplômée de la Haute école d’art et de design (HEAD) de Genève, Camille Kunz fait partie des jeunes talents de la mode révélés au festival d’Hyères.

Aujourd’hui installée à Milan chez OAMC, la marque de
prêt-à-porter masculine d’inspiration streetwear, Camille Kunz a commencé
 sa carrière en dessinant la collection hiver
 2013 de la très technique et haut de gamme marque helvétique Mover. « Je
 ne projetais pas particulièrement de travailler dans le sport, mais quand on est
 Suisse et qu’on est née sur les skis, c’est
 presque automatique », plaisante la styliste, qui a ensuite pris la direction de
 Paris où elle a travaillé avec le créateur
 Bernhard Willhelm, puis avec le couturier 
Raf Simons (ex-Dior). « C’est le designer le plus influent de la mode masculine en ce moment. J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir travailler avec lui et j’ai énormément appris », reconnaît-elle.

Le profil de la jeune styliste et la fraîcheur de son coup de crayon ont séduit Camille Jaccoux, co-fondateur de la marque de skis Black Crows, et Yorgo Tloupas, le directeur artistique. « Pour la première collection skiwear de Black Crows, Camille et Yorgo voulaient se démarquer du reste du marché. Ils souhaitaient travailler avec quelqu’un qui porte un regard jeune et neuf sur le vêtement de ski, afin de ne pas proposer un énième remake de Norrona ou de Mammut. Ils voulaient réaliser des vêtements à leur image, un mélange des univers montagnard et urbain », explique Camille Kunz.

Les maisons de mode viennent piocher dans le côté fonctionnel du sport, c’est très actuel.

« Le sport est un univers très intéressant pour un styliste. On observe d’ailleurs que les maisons de mode viennent piocher dans le côté fonctionnel du sport, c’est très actuel. Le vêtement de ski impose des contraintes, des barrières, qui limitent le design. C’est pour cela que le skiwear est à première vue très standardisé, car la fonction prime. Tout l’enjeu et l’intérêt de l’exercice sont d’arriver à contourner subtilement les contraintes techniques pour libérer la créativité. C’est une démarche qui me plaît. La collection est le résultat d’un travail d’équipe avec Camille et Yorgo. Il était aussi hyper important d’avoir le retour de Bruno Compagnet, qui a mis la barre très très haut en termes de technicité et de fonctionnalité. 
Je pense que le vêtement de ski est un bel exercice de style. Nous avons opté pour des couleurs vives pour les pantalons et plus neutres pour les vestes, qui peuvent aussi être portées en dehors du ski. L’extérieur est volontairement très sobre, tandis que l’intérieur est travaillé de manière plus animée et vibrante ». Pour l’hiver 16-17, la collection s’étoffe avec une ligne pour le ski de rando. « La priorité a été donnée à la légèreté. C’est essentiel en ski de randonnée. Du coup cette ligne est beaucoup plus épurée. Elle tend même vers le minimalisme. C’est une contrainte en plus, qui oblige de travailler de manière encore plus radicale », explique la styliste. « La fonctionnalité a été poussée à l’extrême. Il est important que le consommateur perçoive d’un coup d’œil la fonction du produit. C’était un travail encore plus difficile, où le côté mode devait moins transparaître. Dans ce schéma, on a peu de cartes à jouer, mais il faut bien les jouer ». EG

Contourner subtilement les contraintes techniques pour libérer la créativité.


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