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Antony Villain, Alpine : « Un héritage stimulant pour un designer »

Mis à jour : 23 mai 2018

Redéfinir le territoire de marque, créer le lien entre l’héritage et le futur, tout en respectant l’ADN du constructeur. Le point avec Antony Villain, directeur du design Alpine.

La nouvelle Alpine A110 à côté de la berlinette de 1962, la plus emblématique de l'histoire de la marque.

Pour relancer la marque Alpine, qui a fait vibrer les Français dans les années 60 et 70, Renault a réinventé l’iconique berlinette créée par Jean Rédélé en 1962. Un subtil exercice de style pour l’équipe de design. « Nous avons eu à répondre à la question-clef : comment l’A110 serait-elle aujourd’hui si Alpine n’avait jamais cessé d’exister ? », indique Antony Villain, directeur du design.


Antony Villain, ingénieur des Arts et Métiers, a derrière lui dix-huit ans de planche à dessin chez Renault.

L’aventure a débuté en 2012. Le constructeur français s'est d'abord associé au britannique Caterham, avant de lui racheter ses parts en 2014. « La mission était de créer tout l’univers de la marque, en plus de la voiture. Pour cela, nous avons constitué un studio dédié, avec une cellule très éclectique d’une petite dizaine de personnes, designers, architectes, graphistes… Nous avons travaillé sur la voiture et sur tout ce que le client peut voir ou toucher en relation avec la marque. Cela passe par exemple par la maquette des brochures ou les shooting photo, jusqu’à la conception du showroom », explique Antony Villain, ingénieur des Arts et Métiers, qui a derrière lui dix-huit ans de planche à dessin chez Renault. « J’ai travaillé sur la Clio IV, la Captur et aussi sur de nombreux concept-cars. De plus, je suis aussi passionné de photographie, d’architecture, de graphisme et de course automobile », confie-t-il. Un parcours personnel qui l’amène « à avoir une vision élargie et périphérique sur la marque ».


Alpine Vision GranTurismo

A la différence du projet digital Alpine Vision, développé pour le jeu vidéo GranTurismo et pour lequel le designer a pu exprimer « une vision fantasmée et sans contrainte de l’Alpine du futur », l’exercice A110 était nettement plus complexe. Il y avait a priori tout à créer, pourtant « on ne partait pas d’une feuille totalement blanche », souligne Antony Villain. « Certes, nous sommes partis d’un châssis nouveau, mais les contraintes étaient surtout d’ordre philosophique. C’est un cheminement plus raisonné, un travail plus fin pour définir les codes design ».


« J'ai choisi le nom Alpine pour ma firme, car cet adjectif représente pour moi le plaisir de conduire sur les routes de montagne », Jean Rédélé, fondateur d'Alpine.

La première étape a été de se rendre à Dieppe, là où toute l’histoire a commencé. « Je n’ai pas connu l’âge d’or de l’automobile et les heures de gloire d’Alpine. Alors, avec l’équipe, pour nous imprégner de la culture Alpine, nous avons rencontré des anciens ingénieurs et passionnés de la marque. Nous avons aussi passé des heures à croquer la trentaine de modèles qui ont jalonné l’histoire d’Alpine, tous rassemblés dans la magnifique collection Rédélé ». A commencer par la 4CV originelle pilotée par Jean Rédélé sur la Mille Miglia en 1952 et sur de nombreuses compétitions dans les Alpes. Et le fondateur d’expliquer alors : « j’ai choisi le nom Alpine pour ma firme, car cet adjectif représente pour moi le plaisir de conduire sur les routes de montagne. C’est en sillonnant les Alpes avec ma 4CV à boite 5 que je me suis le plus amusé ».


La première Alpine, le modèle A106, a vu le jour en 1955 (ci-contre). Sans entrer dans le détail des différents prototypes conçus pour la compétition, la production de série fut suivie du coupé A108 en 1958, puis de la très sportive berlinette A110 en 1962, la reine des rallyes. Un modèle emblématique, qui ne fut produit qu’à 7 000 exemplaires. Celle-ci s’effaça devant l’anguleuse A310 (ci-contre) lancée en 1971, suivie des GTA et A610, produites entre 1985 et 1995, sans rencontrer le succès commercial escompté.

Bien que très proche de Renault pour tout l’aspect mécanique – Jean Rédélé était concessionnaire de la marque – le constructeur n’est entré au capital de la firme qu’à partir de 1973. Alpine-Renault remporta Le Mans en 1978, après quoi la marque au Losange bascula toute seule vers la Formule 1.

« la voiture qui symbolise le mieux la marque, c’est assurément l’A110 »

De ce voyage dans l’histoire de la marque, Antony Villain est revenu convaincu que « la voiture qui symbolise le mieux la marque, c’est assurément l’A110, par son palmarès et par l’état d’esprit dans lequel elle a été conçue ». Le challenge pour les concepteurs de la nouvelle A110 étant de respecter l’esprit de la firme de Dieppe. « Dès lors, notre travail a consisté à créer le lien entre le passé et le futur, à trouver le juste équilibre entre héritage et modernité », explique le directeur du design. Selon lui, l’erreur de Renault, qui a provoqué la fin d’Alpine, « est d’avoir voulu à l’époque faire des voitures trop puissantes au lieu de s’inspirer de la recette qui avait fait le succès des premiers modèles ».

Cette fois, le constructeur s’est gardé de reproduire la même erreur. « Le design automobile vient conjuguer la forme et la fonction. Il n’y a pas d’écart entre la technologie et le design, tout doit être fluide et fonctionner en harmonie comme une belle mécanique... Le design n’est pas là pour camoufler, mais au contraire pour mettre en valeur les choix techniques. Notre principe a été d’aller chercher la légèreté au maximum, d’enlever tout le superflu pour arriver à quelque chose de très pur. La chasse à la masse est une démarche très vertueuse. Après on ajuste la puissance pour trouver le bon rapport, en l’occurrence de 4,3. Plus on est léger, moins il y a d’inertie et plus il y a du plaisir à conduire ». Le plaisir au volant est bien ce qui animait le fondateur Jean Rédélé.


« Exclusive par les choix techniques et son histoire. Abordable, parce qu’elle ne s’inscrit pas dans l’hyper luxe, mais dans l’élégance et la qualité ».

« Alpine est l’archétype de l’authentique sportive française, sans arrogance ni agressivité. La marque n’a jamais été dans la démonstration de force, dans l’aéro surdimensionné, ni dans la course à la puissance, à laquelle se livrent certains constructeurs aujourd’hui. Elle doit trouver sa place entre les sportives allemandes, qui sont plutôt dans la puissance et le luxe, et certaines britanniques, plus spartiates et taillées pour la piste », explique Antony Villain, pensant en l’occurrence à Porsche d’une part et à Lotus d’autre part.

« Ce que le public attend d’une voiture de sport française, c’est le meilleur compromis entre un véhicule utilisable au quotidien et un véhicule sportif, mais avec de la spontanéité, de l’ingéniosité, une touche de raffinement, tout en restant sur un véhicule performant et léger. La place d’Alpine, c’est d’être une voiture exclusive mais abordable. Exclusive par les choix techniques et son histoire. Abordable, parce qu’elle ne s’inscrit pas dans l’hyper luxe, mais dans l’élégance et la qualité. En restant fidèle à ce principe, on respecte l’ADN de la marque, tout en étant en phase avec les attentes de notre époque ». L’A110 contemporaine, positionnée sur un segment sport premium, est en effet plus confortable et moins sommaire que son aînée de 1962. « C’est un cocktail de plaisir, de glamour et de passion ». A l’heure où « l’automobile est ostracisée et le plaisir de conduite aseptisé », cette nouvelle Alpine « est un pas de côté dans un marché très uniformisé », estime le designer. « Nous avons conçu un véhicule authentique qui respecte l’héritage. C’est cela qui intéresse les clients, même ceux qui découvriront la marque ». L’Alpine A110 Première Edition sera produite à 1 955 exemplaires, en référence à la date de création du premier modèle de la marque.

Emmanuel Gravaud

Caractéristiques

4 cylindres turbo

1 797 cm3,

252 ch, 320 Nm,

250 km/h,

Boîte robotisée 7 vit.

0-100 km/h: 4"5

Poids: 1 103 kg,

Conso: 6,2 l,

CO2: 140 g

Prix indicatif :

58 500 €ttc