Alfa Romeo, la légende du Quadrifoglio

Plus qu’un signe distinctif, le mythique Trèfle à quatre feuilles est le symbole de l’histoire glorieuse de la firme italienne, qui connaît aujourd’hui une véritable renaissance
au sein du groupe FCA. Rétroviseur.



Alfa Romeo est l’un des plus anciens constructeurs automobiles européens. Et le Quadrifoglio Verde, l’emblématique trèfle à quatre feuilles qui signe les modèles les plus « sportifs » de la gamme, remonte aux origines même de la marque en compétition.

L’histoire d’Alfa Romeo est riche en voiture d’exception, en carrossiers de talent et en pilotes de renom, tels Ferrari, Fangio ou Farina. La firme a fortement marqué de son empreinte le sport automobile des années 20 aux années 60.


A l’origine, en 1910, la firme s’appelait simplement ALFA, acronyme de Anonima Lombardi Fabbrica Automobili. Cette société succéda à l’éphémère Societa Anonima Italiana Darracq, créée en 1906 par un entrepreneur français installé à Milan. Mais quatre ans plus tard Darracq fit faillite et fut racheté par des investisseurs milanais.

Nouvelle marque, nouveau logo. L’écusson Alfa reprend l’emblème de la ville : la croix lombarde et le mythologique serpent ou guivre des armoiries des Visconti. La marque lance sa première voiture en 1910, la 24 HP, qui connaît un vrai succès commercial. En 1915, en pleine guerre, l’entreprise doit se reconvertir dans la fabrication de pièces et moteurs d’avion, mais elle manque de ressources. Elle est alors reprise par l’ingénieur et homme d’affaires Nicola Romeo.


L’aventure automobile reprend au lendemain du conflit mondial sous le double nom Alfa Romeo. La firme se lance avec succès dans la compétition, confiant le volant de ses voitures rouges à un quatuor de pilotes : Antonio Ascari, Giulio Masetti, Enzo Ferrari et Ugo Sivocci.



Le trèfle de Sivocci


Aussi à l’aise au guidon d’une moto qu’au volant d’une auto, Ugo Sivocci était un excellent pilote. Mais il était aussi surnommé « l’éternel second », ne parvenant pas à transformer son excellent coup de volant en victoire. La légende veut qu’une admiratrice lui ait offert un trèfle à quatre feuilles pour lui porter chance. Le pilote le fit peindre sur le sur le capot de son Alfa Romeo RL avant de prendre le départ, en avril 1923, de la Targa Florio, la fameuse course qui se déroulait sur les routes de Sicile. Il termina l’épreuve... second. Mais, surprise, le premier fut disqualifié pour avoir fait pousser sa voiture en panne jusqu’à la ligne d’arrivée. Sivocci fut donc déclaré vainqueur ! Dès lors, le Quadrifoglio Verde devint l’emblème des quatre pilotes, qui le dessinèrent dans un carré blanc. Quelques mois plus tard, c’est le drame. Ugo Sivocci se tue sur le circuit de Monza en essayant la nouvelle P1. Or celle-ci, tout juste sortie de l’atelier, ne portait pas le fameux Quadrifoglio.


Plus que trois, Ascari, Masetti et Ferrari gardèrent le trèfle à quatre feuilles en souvenir de leur ami disparu, mais changèrent le carré en triangle. Celui-ci ornera par la suite et jusqu'à aujourd'hui toutes les carrosseries des Alfa Romeo de course. Le Quadrifoglio brillait ainsi sur le capot rouge foncé de l’Alfa Romeo P2 avec laquelle Gastone Brilli-Peri remporta le Grand Prix d’Italie de 1925, sur le circuit de Monza, propulsant du même coup la firme de Milan sur la plus haute marche du podium du premier championnat du monde des constructeurs.


Plus tard, le Trèfle vert permis aussi de distinguer en course les Alfa Romeo « usine » des autres écuries roulant en Alfa Romeo, dont de la flamboyante Scuderia Ferrari qui arborait quant à elle le fameux « Cheval cabré » (cf. encadré).



D’hier à aujourd’hui


En 1950 et 1951, Nino Farina (le neveu du célèbre carrossier Gian-Battista « Pinin » Farina) et le grand Juan Manuel Fangio, portèrent les Alfa Romeo 158 et 159 au firmament des deux premiers championnats du monde de Formule 1.

Des années 60 aux années 70, le Quadrifoglio fut encore lié à d’innombrables victoires et trouva son apogée avec les deux titres de champion du monde remportés en 1975 et 1977.

En marge de la compétition, le Quadrifoglio se décline aussi sur certains modèles de série, quand les techniques et innovations développées pour la course sont reprises sur les modèles de série les plus affûtés, comme la Giulia GT Veloce ou le Spider 2.0 Quadrifoglio Verde.

Perpétuant la tradition, l’actuelle berline Giulia et le SUV Stelvio sont l’une et l’autre disponibles en version « survitaminée » Quadrifoglio. Ces deux modèles, qui partagent la même plateforme, illustrent avec brio les nouvelles ambitions de la marque sur le créneau du haut de gamme. Alfa Romeo fait aujourd’hui l’objet de toutes les attentions de la part du groupe FCA (Fiat Chrysler Automobile). Après avoir redéployé la marque Jeep, puis renforcé la gamme Maserati, le groupe italien s’est

ensuite attaqué au renouveau d’Alfa Romeo. L’objectif étant de renouer avec les racines sportives et premium de la marque.

Bien décidé à croiser le fer sur le champ commercial avec ses homologues allemandes, Alfa est allé faire un chrono sur le très réputé circuit du Nürburgring, le banc d’essai des constructeurs. Armé du 2,9 litres V6 biturbo de 510 ch, couplé à une transmission intégrale Q4, le Stelvio Quadrifoglio a signé le meilleur temps en catégorie SUV avec un tour réalisé en 7 minutes et 51.7 secondes. Quant à la Giulia Quadrifoglio, équipée de la même motorisation, elle détient le record pour une berline quatre portes de production en 7’32’’.

Pour célébrer ce double record, le constructeur de Milan a réalisé un modèle spécial de la Giulia et du Stelvio, baptisés Quadrifoglio N’Ring, produits en série limitée à 108 exemplaires, ce qui correspond à l’âge de la marque.

Dernière actualité, le retour d’Alfa Romeo en F1 comme partenaire de l’écurie suisse Sauber. Ironie de l’histoire, l’Alfa Romeo C37 est motorisée par Ferrari. Une Formule 1 qui arbore fièrement le Quadrifoglio Verde sur sa carrosserie rouge et blanche. Tradition oblige ! EG


Les Alfa Romeo d’Enzo Ferrari

Enzo Ferrari au volant d’une Alfa Romeo RL en 1924.

Les trajectoires d’Alfa Romeo et de Ferrari sont intiment liées. Avant de créer son propre atelier de voitures de course à Maranello, en 1947, Enzo Ferrari avait déjà à son actif une longue carrière chez Alfa Romeo. Entré au début des années 20 comme pilote, il fut ensuite nommé directeur sportif de l’écurie au Trèfle vert. En 1929, il fonda la fameuse Scuderia Ferrari, avec l’aval du constructeur milanais. Cette écurie parallèle devait à l’origine proposer aux gentlemen drivers propriétaires d’Alfa Romeo une structure privée pour les seconder en compétition. Mais la Scuderia fut aussi pendant longtemps le bras armé du constructeur sur les circuits. A partir de 1931, les Alfa Romeo de la Scuderia Ferrari eurent leur propre écusson, le « Cheval cabré ». Un hommage d’Enzo Ferrari à l’aviateur italien Francesco Baracca décédé lors de la première guerre mondiale qui avait fait peindre le cheval noir du blason familial sur son avion. Le Cheval cabré ou Cavallino Rampante en italien, est ensuite devenu l’emblème de la marque Ferrari.

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